les dieux s'acharnent

Le monde entier se ligue contre le navetteur.

Le public, mal renseigné par une presse équivoque, se figure que le retard de train ou la suppression de celui-ci est le seul écueil -finalement bien banal- que risque la morne trajectoire du navetteur ferroviaire. Après tout chacun sa croix: le braconnier craint toujours l'explosion du fusil mal embouché ou le merdeux canardage d'un triangle d'oies vindicatives.

Et bien non. les dieux du Hasard et de la Chance en ont décidé autrement.

Le navetteur doit faire face à bien plus de frustrations que le commun des mortels. Et si c'est son lot, il s'en satisfait rarement - quoique sa philosophie, de la naissance à la mort, soit celle de la Souffrance Sans Broncher.
Ainsi, le camion-poubelles transformant l'auto en escargot, les travaux inopinés bloquant une rue, le déménagement entravant la chaussée, sont autant d'imprévisibles barricades aux déplacements du navetteur, tributaire, au final de l'horaire du train qui, lui, est définitivement arrêt.
Toutefois, quel navetteur ne s'est pas réjoui -à sa grande honte intérieure !- que son train soit en retard, lorsqu'arrivant en retard à la gare, il parvient à monter à bord à l'heure ?

Le navetteur s'installe sur la banquette dure, regarde par la fenêtre. A l'horizon, quelques oies en pagaille zigzaguent tardivement vers un monde meilleur. Tout est en ordre. Pour une fois.

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